De la ramasse à la distribution, l’engagement au quotidien

De la ramasse à la distribution, l’engagement au quotidien
15/06/2018

article de SMH ma ville, mensuel municipal de Saint-Martin-d'Hères (juin 2018)

 

Lutte contre le gaspillage alimentaire, partage, don, gratuité, bénévolat et mécénat sont les principes fondateurs de la Banque Alimentaire. Christian Chédru revient sur le fonctionnement de cette association qui distribue en Isère près de 2 000 tonnes de nourriture chaque année.

 

Comment fonctionne la Banque Alimentaire Iséroise (BAI) ?
Christian Chédru : L’association existe depuis 35 ans. Elle agit principalement sur deux axes : lutter contre la précarité alimentaire et le gaspillage alimentaire. 170 bénévoles permanents et 5 salariés à temps plein œuvrent en ce sens. Chaque jour, les bénévoles récupèrent et trient des denrées alimentaires fraîches auprès des grandes surfaces, aliments qui, si nous n’étions pas là, seraient détruits. Il s’agit de la ramasse. Cela représente 51 % des denrées récoltées. Nous avons également des dons réguliers des industries agroalimentaires (14 %), de l’Union européenne (produits secs, conserves, huile, sucre, etc.) via le FEAD (Fonds européen d’aide aux démunis). Enfin, nous organisons une fois par an une collecte auprès du public, le dernier week-end de novembre. Cet appel à la générosité de la population nous apporte environ 10 % du total des denrées distribuées. En 2017, nous avons récolté 2 000 tonnes de produits alimentaires. La nourriture récoltée chaque jour est acheminée par camions frigorifiques dans notre entrepôt afin d’y être triée, rangée, pesée puis récupérée par les 90 associations partenaires qui vont la remettre aux bénéficiaires.


Qui sont les bénéficiaires de la Banque alimentaire ?
Christian  Chédru : Le  contexte  conjoncturel  actuel  est  difficile. En Isère, plus de 10 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 800 € par mois. Au total,  5  800  personnes  bénéficient  d’une  aide  alimentaire. Chaque bénéficiaire reçoit 6,4 kg de nourriture par semaine. Il s’agit de retraités, de femmes seules avec des enfants, de travailleurs à temps partiel, de demandeurs d’emplois, d’étudiants. Chaque jour, du lundi au jeudi, une vingtaine d’associations vient récupérer les denrées. Avec des structures municipales comme des CCAS, elles sont toutes habilitées à faire de la distribution alimentaire. Quant aux bénévoles de la BAI, ce sont souvent des retraités qui, après un parcours découverte au sein de l’association, décident des missions qu’ils souhaitent accomplir.


Vous avez mis en place un nouveau concept, la cuisine 3 étoiles solidaire. De quoi s’agit-il ?
Christian Chédru : Les bénévoles récoltent des produits carnés qui ont une durée de vie courte, avec une Date limite de consommation (DLC) du jour. La difficulté était de les trier puis de les renvoyer très rapidement vers les associations. Pour surmonter ce défi, la Banque Alimentaire de l’Isère a eu l’idée de créer une cuisine afin de transformer ces denrées. Nous confectionnons ainsi des plats à partir de viande et autres aliments mis au rebut. Il s’agit d’un concept original, unique en France. On cuisine, on confectionne et on refroidit ces plats, nous gagnons ainsi cinq jours de consommation. 100 000 repas sont préparés chaque année et 50 tonnes de viande sauvées de la destruction. Le Conseil départemental de l’Isère nous met à disposition les locaux au sein du collège Marc Sangnier de Seyssins. Un chef cuisinier a été embauché, aidé par des bénévoles et des élèves de plusieurs écoles hôtelières.
Nous avons en parallèle mis en place l’atelier confitures solidaires avec des bénéficiaires et des bénévoles, encadrés par une diététicienne. Un autre axe que je souhaiterais plus développer encore, celui de la santé. C’est en ce sens que nous allons lancer un partenariat avec l’AFD (Association française des diabétiques) afin de proposer des tests de glycémie et des actions de sensibilisation autour de l’équilibre nutritionnel. La vocation de la Banque Alimentaire est d’accompagner globalement, d’agir sur plusieurs plans. Distribuer de la nourriture, c’est aussi parler du mieux manger afin de prendre soin de sa santé.

(Propos recueillis par GC)